Altriman XXL 2017
Altriman XXL · 8 juillet 2017 · Ironman · 246 km
- Temps
- 16h28'13
- Scratch
- 74e / 157
Le réveil sonne à 3h30. Pas dormi des masses mais ça ne m’étonne pas. Et puis c’est l’avant-veille qui compte !
Petit dèj en tête à tête avec Amandine, dernière vérif du sac et à 4h15 on décolle vers le lac.
On y arrive à 4h30 et déjà quelques frontales illuminent la nuit. Je pose mon sac dans le parc et je commence à me préparer.
Je me suis fait deux sacs de transition pour être sûr de ne rien oublier. Je me changerai intégralement à chaque fois. L’objectif c’est de venir à bout du morceau qui m’attend. Qu’importe le chrono. L'altriman est considéré comme un des Ironman les plus durs alors je vais pas commencer à parler de temps ou de classement !
J’ai divisé la course en 6 blocs : La nat, les 3 gros cols et les deux boucles à pieds. Ça sera plus simple dans la tête.
Je suis prêt, je ferme ma combi et me dirige vers le départ. Je vais gouter l’eau. Elle est bonne !!!
Je ressors et je rentre dans ma bulle et fixant l’eau noire.

La corne retentie, musique à fond, les fumigènes rouges s’allument et je me jette à l’eau. C’est sublime. Nager dans la nuit en voyant les montagnes illuminées par les fumigènes ! Je suis surpris parce que ça bastonne quand même pas mal. No stress les gars la journée va être longue. Au bout de 400m je me retrouve dans un petit groupe de 4. Pas évident de viser la lumière à l’autre bout du lac mais je dévie pas trop. Première bouée, deuxième bouée et hop retour au départ. Le jour se lève et c’est de plus en plus beau. Je finis le premier tour tranquillement j’ai un peu la gerbe toutefois, j’ai peut-être un peu trop mangé. Sortie à l’australienne, une amie m’encourage, je lui dis qu’elle devrait venir car l’eau est vachement bonne. Coup d’œil au chrono, 32min c’est parfait. Deuxième tour en posant la nat et en profitant du paysage grandiose qui s’offre à nous. Je sortirai en 1h06 et en 41ème position. Je trottine jusqu’au parc en compagnie de ma supportrice number one. Je me pose, séchage serviette tranquille, cuissard, chaussettes, veste du club, manchettes, gants, lunettes, casque, dossard. Je crois que je suis pas mal. 7min plus tard je trace !
On attaque par le col de la Quillane catégorie 4 suivi presque immédiatement par le col de la llose. Début très tranquille et je crois que tout le monde a opté pour la même technique. Ne surtout pas s’enflammer de suite ! Je regarde le chrono et je comprends rien la distance est en mètre et je n’ai pas de vitesse moyenne. J’avais dû mettre ça pour ne pas être en permanence en train de vérifier. Nous attaquons une longue descente. C’est magnifique, la route serpente dans la vallée. Certes le bitume n’est pas excellent mais la beauté des paysages est telle que j’en oublie les vibrations du sol. On attaque alors la première grosse difficulté, le col de Creu, première catégorie : 13.2km à 5.9% de moyenne. Ça passe nickel, je laisse une dent en rabe et ça tourne quand même bien. Nous arrivons au sommet et nous redescendons alors à Formiguères et un ravito. J’échange les bidons. Un panneau indique l’arrivée dans 144km. On est donc au 48. Ma montre indique 42. Etrange… On redescend jusqu’au col des Moulis, catégorie 4 en enchainant immédiatement par le col du Garavel, catégorie 3. Vient le premier Ravito perso. Je n’avais rien déposé et je me dis que j’ai bien fait en voyant la quantité de choix proposée. Je prends des pâtes de fruits, des bananes, échange de bidons rapide et je repars. Les paysages sont extraordinaires. Pas de voiture en cette heure matinale. La forêt à perte de vue, des oiseaux, des chevaux en liberté, un ciel dégagé, le paradis ! Nous passons par une toute petite route entre deux falaises c’est grandiose. Je pense aux parents passionnés de randos et au plaisir qu’ils auraient face à ces paysages.
On se retrouve au col de Dent, deuxième grosse difficulté, première catégorie : 12.3km à 6.9%. Nous sommes kilomètre 92 et ma montre indique 82. Tant pis j’ai la durée du vélo et la distance sur les panneaux ça suffira. Je me rappelle des conseils de Benoit la veille au briefing. Le col de Dent est sévère au début et la moyenne est faussée par une légère descente en fin de col. Effectivement ça pique, je rencontre un autre concurrent qui me confirme qu’on y est. Je mets tout à gauche et je prends mon mal en patience. Kilomètre 104. Arrivé en haut une supportrice me dit que c’est terminé. Je lui dis en souriant « oui, plus que Pailhères ». Ca redescend, c’est toujours aussi beau. Je crois qu’à ce moment on passe par un petit tunnel en pierre sur quelque mètres. Je rigole sur mon vélo ! Je discute avec Sebastien, dossard 29 qui me parle de son pote crudivore. On fait un petit bout de chemin ensemble, ça fait du bien de parler un peu ! Viens alors la côte des 4 chemins, catégorie 2 mais elle passe vite.
Quelques coups de pédales et nous voilà au deuxième ravito perso, kilomètre 140 synonyme du bas de Pailhères, col Hors catégorie. Je m’arrête, échange de bidons, quelques gourmandises et c’est parti. C’est la dernière difficulté à vélo, pas le moment de lâcher. La pluie arrive, tant mieux je me dis je pars pour 16km à 7.8%. 1250m de dénivelé positif. Et arrivé en haut on redescendra par la même route. D’ailleurs à peine commencé à grimper que je croise le premier qui redescend pleine balle. Costaud le monsieur ! Pour ma part je tourne gentiment les jambes en admirant. Le vieux fort, les plaines et les vaches qui font tinter leurs cloches. Ça monte, ça monte et je commence à avoir froid surtout que la pluie et le vent s’intensifie. Quelques mecs me dépassent, on s’encourage, dernier kilo. A cette altitude les bourrasques sont violentes et il tombe de la grêle. Quelle galère, j’ai les pieds et les mains glacées. J’arrive au ravito dans la tempête. D’ailleurs un énorme merci au bénévole (dit le BIG) qui est là sous son poncho orange et qui doit être gelé. J’aperçois Seb qui s’est réfugié sous la cabane.
Je pose alors le pied pour prendre un bidon et là, c’est le drame. La cuisse et l’ischio foudroyés net. Crampe. Je déclipse et pose alors jambe gauche, même cause, même effet. Bon il faut bouger d’ici de toute façon la météo est trop crade. Demi-tour. Comme un idiot j’ai mis des jantes de 50 et le vent prend un malin plaisir à venir taper dedans. Je descends les jambes tendues pour essayer de garder le vélo debout. Je manque de tomber, c’est l’enfer. Le premier kilo de la descente me semble sans fin. Rapidement je retrouve une météo moins compliquée et je peux reclipser en tentant d’étirer mes jambes. Je croise un troupeau de vache qui a décidé de bloquer la route, je zigzag entre elles en souriant et je repars.
En bas de Pailhères il fait presque bon ! Je repars mais dans une petite côte, c’est fatal, jambe foudroyée à nouveau. L’intensité de la douleur est telle que je déclipse immédiatement, je jette le vélo dans le fossé et je m’allonge. J’ai les deux jambes prises de spasmes. J’étire la cuisse et c’est l’ischio qui crampe… C’est mort ça va se finir là pour moi. Des mecs passent et me demandent si tout va bien. Non ça ne va pas. Je repense à toutes ces séances d’entrainement, à tout ce temps consacré à la préparation, aux potes du club. Les larmes viennent pendant que je me masse. Je suis dégouté, déçu, triste, énervé. Tout ça pour rien… J’attends 10 minutes comme ça et puis je me dis que je peux pas abandonner là, j’ai pas le droit de laisser tomber.
Je remonte sur le vélo, ça me lance tellement. J’avais lu un truc sur la douleur, si on se concentre dessus le corps peut l’accepter. Je sais pas si c’est ça mais ça a l’air de s’estomper. C’est alors que je vois Damien alias la tortue passer ( 3 UTMB, 5 Altriman, 1 Evergreen, 1 Norse...), il me demande si ça va, je lui explique. Il me dit de prendre du sel et me tend deux grosses poignées de noix de cajou. Et il me dit :
« les crampes c’est comme l’orage, ça finit toujours par passer »
Ça fait du bien à la tête, je le laisse s’éloigner et en effet petit à petit mes jambes reviennent. Dernier Ravito, je me jette sur les Tucs et les noix de cajou. Il faut tenir, il reste 20km et le col des Hares, un dernier petit catégorie 2. Je sens bien que je suis à bout, mais ça va le faire, comme je l’avais dit à Patoche, si je pose le vélo je sais que j’irai au bout. Je vais finir le parcours vélo de l’Altriman. Yes !!! Je ne sais pas à quelle vitesse mais je vais le faire. Je reconnais ce coin, on approche, c’est long… j’ai dû me planter de route ils annonçaient 17 bornes depuis le sommet du dernier col !!
Au final c’est bon, après 9h40, 9 cols et 5000m de D+ je rentre dans le parc. OUF, il était temps. Je souris en voyant mon amie qui m’attend. Ca recharge les batteries ! Je constate que mon chrono était réglé sur Nat en eau libre, tout s’explique…
Je me sèche et me change intégralement.

Je suis un nouvel homme gonflé à bloc et prêt à en découdre avec ce trail de 42 km et 800 de D+. Je trottine en racontant à mon amie mes crampes et ma volonté d’abandonner. Je me sens assez bien, aller-retour le long du barrage, 5km en 30min, pas trop pire… Début de l’ascension vers les Angles. C’est du chemin caillouteux et sableux parsemé de racines. Et ça grimpe déjà, je vais pas chercher à jouer, je marche. Merde je suis cuit en fait ! J’essaye de trottiner mais c’est impossible la dedans. J’accroche un compagnon de route et nous voici aux angles, 200m plus haut. C’est alors que la grosse côte arrive. Sur 1500m en ligne droite de goudron il faut se taper 200m de dénivelé (soit du 14% environ ). Je me fais alors rattraper par la première féminine qui marche bien. Je l’accroche pendant toute la côte en marchant rapidement. Arrivée en haut il y a une petite descente vers le lac de Balcère, on trotte cote à cote. Ravito de Balcère et demi-tour, petite cote du coup ou elle continue de courir pendant que je marche. Et on attaque la grande descente pour retourner vers le Parc. Je lâche les chevaux, j’adore descendre. 4’45 au kilo, youhou c’est la fête, pas de douleur. Ah si en fait, en retrouvant les chemins ça pique un peu, tant pis j’alterne marche et trot. Je passe la Tortue qui me dit qu’il est pas au top, on s’encourage et ça repart. Je boucle le premier semi en… 2h30 !!
Je marche à nouveau, je me dis que ça va le faire, je vais aller au bout. Et c’est reparti, aller-retour le long du barrage, je recroise Seb qui marche avec un pote. Je marche un peu avec eux et je repars. Je suis bien dans la tête. Je repasse au parc 41min plus tard. Ah quand même, 7kmh !!! Mais je m’en fous complètement, je veux aller au bout. Sur les chemins je trotte gentiment, je commence à sentir la joie et le soulagement. Je remonte la grosse côte bitumée à grandes enjambées, je trottine jusqu’à Balcère et j’attaque la dernière grande descente sourire aux lèvres. J’encourage ceux qui montent encore, certains dans leur première boucle alors que la nuit commence à tomber. Nous sommes à 16h de course, il est donc 21h30. J’ai un peu froid d’ailleurs. Je repasse les chemin de terre, et j’entends le speaker au loin. Plus que 500m, les larmes viennent j’entends mon amie crier « Allez jojo, c’est bon ».
Je suis sur le Tapis d’arrivée.
WAOU.
16h28.
Je l’ai fait putain.
J’ ai ma médaille et ma veste Finisher. Je titube, je suis cassé de partout mais je l’ai fait. Je m’écroule. Instant magique gravé à tout jamais dans ma tête !
Un grand merci La Tortue !
Il y a des courses contre les autres où ne peut compter que sur soi-même. L’altriman est une course contre soi-même ou on peut compter sur le soutien des autres.
Alors un grand merci à tous les participants qui ont eu un petit mot ou un petit encouragement à mon égard. En particulier à la tortue, à Sebastien et à un certain Joël qui a proposé de s’arrêter m’aider en bas de Pailhères.
Je conseillerai à tout le monde de venir faire cette course. Certes le vélo est costaud mais vu la beauté des paysages, ça vaut le coup de souffrir dans ces conditions. Rétrospectivement je regrette juste de ne pas avoir assez préparer de Trail avec du dénivelé et de ne pas m’être mieux alimenter pour éviter les crampes.
Je le saurai… pour l’année prochaine...
